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publie 9 septembre 2011

Rythmes scolaires : travailler plus pour gagner moins.

A la rentrée 2008, X. Darcos malgré de nombreuses protestations, décide de manière autoritaire de supprimer l’école le samedi matin et de réduire le temps de classe hebdomadaire de 2 heures sans toucher aux programmes. Il prend le contre pied de toutes les connaissances sur les effets des différentes organisations du temps scolaire et impose ainsi la semaine de 4 jours. Deux ans plus tard Chatel installe un « comité de pilotage afin de remettre à plat l’organisation du temps scolaire ». Les représentants des enseignants et des parents d’élèves ont été exclus de ce comité dans lequel figurent largement des représentants des milieux patronaux en particulier de l’industrie touristique.

Le rapport final propose 10 mesures en apparence très techniques.

Elles constituent pour les rapporteurs des propositions de "réaménagement des temps, de l’espace et de la conception de l’Ecole". Elles vont donc au delà d’une simple réorganisation des temps scolaires et s’appuie sur ce que le rapport appelle une mutation importante des "temps et modes d’enseignement", dont il est proposé qu’ils soient repensés pour permettre "une journée moins lourde mais pas nécessairement moins longue".

Le rapport propose de ne pas diminuer le volume horaire, ni sur la journée ni sur l’année mais de réorganiser la journée, la semaine et l’année scolaire : raccourcissement des vacances d’été, fin de la semaine de 4 jours et découpage de la journée en trois temps distincts avec modulation du temps de classe en fonction de l’âge des élèves.

Le comité de pilotage s’appuie sur une évolution de la conception de l’Éducation, qui s’affirme de plus en plus dans la politique éducative actuelle : "Le temps de l’école se présente désormais non plus en 2 mais en 3 séquences : le temps d’enseignement, le temps d’accompagnement éducatif et le temps périscolaire" :

Pour le comité "L’accompagnement éducatif" est redéfini comme 2h quotidiennes d’ "aide sous toutes ses formes" où "l’élève est guidé par le professeur" (incluant l’AP mais pas uniquement) et "d’activités culturelles et sportives" ("complémentaires des enseignements artistiques qui figurent au programme"). Cet "accompagnement éducatif" semble donc être considéré comme un nouveau temps d’apprentissage, inclus dans le temps scolaire mais hors temps d’enseignement des programmes. Pour le comité de pilotage, l’organisation de ces 2h doit relever de la décision des équipes et de missions partagées entre les enseignants et les communes, ce qui "nécessite encore une concertation sur les responsabilités de chacun" d’ici 2013.

D’après un article du Monde intitulé "le statut des enseignants au cœur du débat" (31 août 2011), "Nicolas Sarkozy veut en faire un débat central de la présidentielle 2012. A ses proches, il confie que les enseignants ont une double mission : l’animation collective et le suivi individuel. Ils doivent renforcer leur présence dans l’école. Et en contrepartie obtenir une réévaluation." Si le débat sur les missions et le temps de travail doit être ouvert, les bases sur lesquelles il s’ouvre aujourd’hui sont biaisées. Ces évolutions entraineront une nouvelle augmentation du temps de travail des enseignants par l’intégration du temps d’accompagnement éducatif dans le temps de service des enseignants, l’exclusion de tout ce qui n’est pas considéré comme « apprentissage fondamental » du temps d’enseignement, l’instauration, le renforcement de filières à l’intérieur de l’école (temps d’accompagnement éducatif devenant aide personnalisée centrée sur l’acquisition du socle commun pour les uns et ouverture culturelle et EPS pour les autres), la modification des pratiques, en particulier par le report de la prise en compte de la difficulté scolaire en dehors du temps d’enseignement.

Comment dans ces conditions amorcer le débat qui nous est annoncé sur les rythmes scolaires : si la question doit effectivement être posée, comment la communauté éducative y sera-t-elle associée ? Nous pouvons craindre, qu’une fois de plus les décisions qui ne manqueront pas d’être prises iront dans le sens de la politique de libéralisation de l’école : transferts de charges de l’état vers les collectivités locales avec accroissement des inégalités entre les territoires, augmentation du temps et de la charge de travail des enseignants, réduction du champ du scolaire au profit du périscolaire, conséquences sur l’organisation et le budget des familles et sur le travail des femmes…