SNUipp-FSU du Jura : Nous n’entrerons pas dans l’avenir à reculons !

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publie 2 septembre 2013

Rythmes scolaires et consultations locales.

Suite aux réunions d’informations syndicales sur la question nous rappelons ici les principales inquiétudes émises ainsi que les analyses de chercheurs sur la question. Bien sûr les points développés ici ne sont pas exhaustifs, ils sont issus des discussions collectives mettant en avant les inconvénients et risques de la réforme concernant les élèves, les parents, les collectivités et les conditions de travail et de rémunération des enseignants que nous sommes.

Analyse de Claire Lecomte professeure émérite de psychologie de l’éducation et chercheuse en chronobiologie.

Ce décret est une réécriture de celui de 2008 dont l’économie principale était la suppression du samedi.
Le cadre temporel imposé rigidifie totalement l’emboîtement des heures, scolaires, non scolaires. Il émiette les temps des enfants, et celui des enseignants, au lieu de leur donner la cohérence indispensable au développement harmonieux des enfants. Il ne permet aucunement de construire un projet éducatif permettant des transferts d’apprentissage. Il met hors-la-loi les projets construits ainsi voici plus de 16 ans et qui font encore leurs preuves aujourd’hui pour le bien-être des enfants mais aussi la meilleure qualité de vie professionnelle des enseignants.

POUR LES ENFANTS :

- Des journées pratiquement aussi longues qu’actuellement
- plus de coupure du mercredi pour souffler
- suppression des activités des centres de loisirs à la journée : piscine, patinoire, sorties musées à la journée ...
- pause méridienne portée à 2h30 à 3h, pour pouvoir conserver la sortie à 16h30 ou 17h.
- moins de créneaux disponibles pour les RDV médicaux et les prises en charge de rééducation hors temps scolaire ; à moins de multiplier les RDV tardifs, en fin de journée. En pratique, plus d’élèves souvent plus fragiles rateront du temps de classe.
- Présence de l’AVS/EVS pendant la classe, pendant les activités péri-scolaires
- perte de repère quant à la fonction des locaux et des règles y afférant : salle de classe, d’activités ou salle de garderie ?
- Perte de repère quant à la fonction de l’adulte présent

Concernant la pause méridienne, analyse de claire Lecomte

Les auteurs auxquels on se réfère (afin de faire valoir l’intérêt d’augmenter la pause méridienne) pour prétendre qu’il y a reprise de l’attention après 15h ont eux-mêmes détaillé les très nombreux facteurs qui font que cette reprise n’est pas avérée.

Testu a montré que la courbe de ces fluctuations attentionnelles varie en fonction de l’âge de l’enfant. Cette reprise d’attention ne se retrouve pas pour des activités intellectuelles, dépendant par ailleurs des compétences de l’enfant, du niveau de difficultés de la tâche, de la motivation, du milieu de vie de l’enfant.

La pause méridienne est une période des plus compliquées à organiser correctement par les collectivités. Il faut offrir aux enfants un vrai temps de repos, de pause, un repas sans stress… Il s’agit bien d’une PAUSE méridienne.
Les activités offertes à ce moment-là ont plus tendance à énerver les enfants qu’à leur proposer la relaxation nécessaire. Cette période nécessite des encadrants particulièrement bien formés et soucieux du respect du rythme de l’enfant.

Un allongement trop important ne rend donc pas service aux enfants, sauf si on leur propose suffisamment de lieux, pas uniquement le préau ou la cour de récréation, pour profiter de ce moment pour bouquiner, ne rien faire, faire des jeux collectifs calmes, regarder un documentaire, etc. Si ces conditions ne sont pas réunies, aucune reprise attentionnelle n’est possible ensuite, au contraire ! Une longue pause méridienne de plus de 2 heures n’existe nulle part ailleurs !

POUR LES PARENTS :

- nécessité de se réorganiser pour venir chercher les enfants à l’école, notamment le mercredi, en cours de journée.
- Coûts des activités et de la garderie (activités à la charge des familles, les coûts étant estimés à 150 euros par enfant alors que l’État en verse 90 la première année (seulement) : soit la mairie fera payer les activités par les parents, soit les impôts locaux augmenteront)
- difficulté accentuée pour rencontrer les enseignants

POUR LES COLLECTIVITÉS LOCALES :

Le gouvernement se désengage en transférant ses compétences sur la collectivité qui devra en assumer les charges financières. Mais la vraie raison de cette réforme est de remettre en cause l’école de la République : c’est le premier pas de l’Acte III de la décentralisation, les régions devenant maîtres d’œuvre, à la place de l’État, de la formation professionnelle ainsi que de l’orientation. Chaque commune devra avoir son Projet Éducatif territorial, chacune décidant des horaires, de l’animation, et selon sa richesse ou son orientation politique, les PET seraient différents d’une ville à l’autre. C’est la négation des principes républicains d’égalité de tous les enfants face à l’éducation nationale.

- coût du périscolaire, recrutement animateurs, coût de la cantine, du ménage
- réorganisation des journées de ménage, des ATSEM, du personnel de cantine
- coût du chauffage, de l’électricité, du transport scolaire
- davantage d’enfants, plus longtemps, dans les structures de loisir
- nécessité de réorganiser les plannings des gymnases, stades et autres salles municipales de sport et loisirs.

Quid des activités périscolaires ?

Actuellement après 16h30, les élèves sont pris en charge par des surveillants, pour le gouter récréatif ou l’étude… en finissant plus tôt les élèves ne doivent pas se retrouver encore dans la cour mais doivent pouvoir bénéficier d’activités de qualités. il est question que les taux d’encadrement (nombre d’enfants par animateur) soient revus à la baisse. La rotation des surveillants et des animateurs est soulevée. Elle implique des difficultés pour organiser le service, sans compter la nécessité de repartir de zéro avec chaque nouvelle personne. Pour le SNUipp-FSU, la question du statut des personnels (conditions de travail, salaire, nombre d’heures travaillées) est une des questions fondamentale. La Mairie doit pouvoir recruter des personnels formés pour encadrer les élèves.

Quid du ménage ?

- Les ASEM sont chargés de l’entretien des locaux. Si quotidiennement le ménage est fait, le mercredi reste le jour du « grand ménage » permettant de nettoyer les classes et les locaux communs. Or comment nettoyer des locaux occupés ? Les agents vont-ils voir leur horaire se décaler et leur journée se prolonger ? Ou leur travail externalisé ?
- Le SNUipp-FSU rappelle sa revendication d’une ASEM par classe d’école maternelle. De plus, il a de nouveau demandé à ce que les ASEM absentes soient remplacées. Le non remplacement des ASEM absentes désorganise les écoles au détriment des conditions d’apprentissage des élèves et des conditions de travail des enseignants comme des ASEM. 

Analyse de Claire Lecomte

C’est en valorisant ces temps éducatifs qu’on peut recruter des intervenants qualifiés, pas sur une animation de 3/4 d’heure. Les collectivités, quelles qu’elles soient, doivent recenser toutes les ressources dont elles disposent et d’expérience je sais qu’elles ne les connaissent pas toutes. Elles doivent travailler avec toutes les associations susceptibles de s’intéresser au projet. Cela donnera envie aux enfants de poursuivre à l’extérieur une activité découverte dans le projet.

POUR LES ASSOCIATIONS CULTURELLES ET SPORTIVES :

- impossibilité de pouvoir organiser des activités le mercredi matin, donc difficultés à trouver des créneaux de disponibles l’après-midi, voire à multiplier les activités de club le soir, après l’école et l’étude, donc à partir de 18h
- ce qui en diminuera sans doute la fréquentation par respect par les familles du rythme de l’enfant.
- pour les assistantes maternelles agréées : perte des enfants gardés en périscolaire le mercredi matin
- dégradation des conditions de travail des salariés du secteur de l’animation socio-culturelle, avec multiplication des heures le soir, et sans doute le samedi.

POUR LES ENSEIGNANTS :

Alourdissement des charges de travail ; une partie des obligations de service mise sous tutelle des collectivités territoriales à travers les activités pédagogiques complémentaires liées au Projet éducatif territorial, remettant en cause le statut national, donc l’indépendance des enseignants
- confusion scolaire/périscolaire
- Frais de garde supplémentaires pour les enfants d’enseignants en bas âge
- coût du transport supplémentaire du mercredi
- quand caser les différentes réunions ?
- quel temps nous pour la préparation ?
- Devoir partager les salles de classes quotidiennement avec les partenaires (informations confidentielles, matériel personnel des élèves)

Pause méridienne : analyse de Claire Lecomte

Pour les enseignants, les temps contraints émiettent l’emploi du temps journalier. Or c’est aussi pour eux la PAUSE méridienne ! C’est une réforme portant sur l’aménagement des temps de l’enfant qu’il faut envisager. Si cette réforme a avant tout l’objectif de respecter les besoins de l’enfant, j’ai toujours considéré qu’avoir en classe un enseignant « bien dans sa vie » va largement dans l’intérêt de l’enfant. Or imposer à celui-ci des temps contraints ne permet pas d’améliorer sa qualité de vie professionnelle. C’est au contraire en libérant des temps dans la semaine, comme en profitent les profs du secondaire, en responsabilisant les enseignants dans la gestion de ces temps, pour assurer leurs activités « invisibles », qu’on renforce leur motivation intrinsèque pour leur métier. Ils retrouvent du sens à leur métier et leur qualité de vie s’améliore.

Analyse du snu39
La demi- journée supplémentaire et les changements d’horaire proposés dégradent directement les conditions de travail et d’emploi de tous les personnels. Et donc la vie des écoles. La réforme n’améliore en rien les conditions d’apprentissage des élèves tout en dégradant les conditions de travail et d’emploi des enseignants avec une amplitude hebdomadaire plus longue et un temps de présence dans les écoles plus important.
Le nombre d’heures de service reste le même, mais la nouvelle organisation va accroitre leur amplitude horaire de travail : nous devons 26h devant les élèves auxquelles s’ajoutent 108h annualisées pour les réunions, les formations, les rencontres avec les parents… De fait, avec l’école le mercredi matin tout en finissant au mieux à 16h, les réunions vont avoir lieu le soir de 17h à 20h, le mercredi après-midi ou encore le samedi matin. Le Ministre refuse de reconnaître le travail invisible des enseignants des écoles. Tout cela bien sûr sans aucune revalorisation des salaires des enseignants. Après 15 ans d’exercice, les enseignants français du primaire touchent près de 4000 euros de moins par an que la moyenne des enseignants des pays de l l’OCDE, soit plus de 320 euros par mois.

L’occupation des locaux

L’augmentation de l’occupation des locaux par le périscolaire risque de poser des problèmes dans l’organisation du travail des enseignants (classe occupée le soir et le mercredi après-midi) quand préparer et afficher dans la classe ? Où rencontrer les parents ? Où se réunir ?
- Précisons enfin que plus largement, pour le SNUipp-FSU, l’articulation scolaire / périscolaire est indispensable mais doit s’effectuer dans le respect des compétences de chacun. Le projet de décret prévoit, au contraire, un mélange de ces compétences. Avec une territorialisation du service public d’éducation, le maire pourra décider de l’organisation du temps de travail, comme une pause méridienne plus longue sans consulter les personnels. Les équipes seront tributaires de l’organisation municipale. Avec la confusion entre le scolaire et le périscolaire, les directeurs d’écoles verront leur charge de travail augmenter en terme d’organisation des services de cantines et du nouveau temps périscolaire, d’occupations des locaux … Il sera difficile pour les enseignants de rester dans leur classe pour préparer, ranger, afficher… si les classes sont occupées. De même, la « salle des adultes », anciennement salle des maîtres, sera occupée non stop.
- Problème de l’utilisation des locaux pour les rencontres avec les parents, l’organisation de réunions, de la gestion du matériel (qui utilise quoi ?), des contenus des activités proposées (avec quels matériels, quels objectifs ? etc. )…
- Du point de vue des élèves : risque de confusion dans la tête des élèves entre le temps scolaire et le temps péri scolaire, préjudiciable à la construction de repères clairs du cadre de la classe (quand commence et quand finit le temps de classe, fixé à 5h30 par jour maximum, règles de vie, exigences etc.). Et ce en conformité à l’article L216-1 du Code de l’Éducation Article L216-1
Les communes, départements ou régions peuvent organiser dans les établissements scolaires, pendant leurs heures d’ouverture et avec l’accord des conseils et autorités responsables de leur fonctionnement, des activités éducatives, sportives et culturelles complémentaires. Ces activités sont facultatives et ne peuvent se substituer ni porter atteinte aux activités d’enseignement et de formation fixées par l’Etat. Les communes, départements et régions en supportent la charge financière. Des agents de l’État, dont la rémunération leur incombe, peuvent être mis à leur disposition.

Activités Pédagogiques Complémentaires (APC) et les Activités Périscolaires (TAP)

Le SNuipp rappelle que les équipes doivent pouvoir décider de l’utilisation de ces 36 heures comme elles le souhaitent. Elles sont les plus à même de juger ce qui est le plus utile à la réussite des élèves. Le temps des APC ne coïncide pas avec celui des TAP Pour pallier la diminution quotidienne de 45 min de cours, le ministère prévoit :
- des TAP (Temps d’Activités Périscolaires) pris en charge par les collectivités locales
- des APC (Activités Pédagogiques Complémentaires) menées par les enseignants sous forme d’aide aux devoirs, d’aide personnalisée ou bien d’activités liées au projet d’école.

Si ces APC ne concerneront qu’un groupe restreint d’élèves (5 ou 6 maximum par enseignant), elles soulageront financièrement et humainement les collectivités locales dans la prise en charge des élèves en TAP. Selon la circulaire du 7 février 2013, ces APC seront d’une durée d’une heure par semaine. On peut raisonnablement penser que les écoles choisiront, dans l’intérêt des élèves, de faire deux périodes de 30 min dans la semaine au lieu d’une séance d’une heure. C’est d’ailleurs suggéré dans deux exemples d’emploi du temps du ministère (guide pratique du ministère du 3 février 2013).
Dans cette infographie, le ministère place les APC (Activités Pédagogiques Complémentaires) sur les mêmes créneaux que les TAP (Temps d’Activités Périscolaires). Or, le temps des APC (30 min, à raison de deux fois par semaine par enseignant) ne coïncide pas avec forcément avec celui des TAP. Des questions vont donc se poser. Qui surveillera les élèves entre les cours et les APC ? Qui les surveillera avant ou après les APC si tous les autres élèves sont en TAP ? Les enseignants ? C’est fort probable et cela n’est pas dit. Si c’est le cas, alors les enseignants ne finiront pas plus tôt qu’avant puisqu’ils assumeront de nouveaux temps de surveillances sans obtenir une quelconque reconnaissance.

CONSIGNES SYNDICALES :

Les modalités de mise en place des APC sont de la responsabilité des équipes. Il n’est pas question que ce temps la soit utilisé comme de l’aide personnalisée que nous refusons. Les propositions d’organisation sur 4X30 minutes ne permettent aucune activité intelligente ni même intelligible. Dans tous les cas puisque c’est de l’AP déguisée, la consigne reste la même. Utilisez ce temps à des activités en direction des élèves dont vous choisirez les contenus ET les modalités de mise en place.