SNUipp-FSU du Jura : Nous n’entrerons pas dans l’avenir à reculons !
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Lettre de soutien des enseignants en grève aux lycéens en lutte
mardi, 11 décembre 2018
/ SNUipp du Jura /

Syndicat National Unitaire des Instituteurs, P.E. et P.E.G.C.

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Tout le monde a vu la vidéo tournée à Mantes-la-Jolie jeudi 6 décembre.

Pour nous, professeur.es, éducateurs et éducatrices, personnels de l’éducation nationale, l’irréparable a été commis. ... L’école, c’est la manière dont on met en pratique ce qu’on veut pour demain. Pour nous, l’école n’est pas un espace neutre, apolitique. Elle doit être un espace de sécurité physique et psychologique où de jeunes esprits et de jeunes corps apprennent non seulement des connaissances mais aussi à vivre ensemble et à devenir des citoyens et des citoyennes capables d’être autonomes de leurs actes et de leurs jugements. Capables d’être des acteurs/actrices libres et responsables dans la société de demain.

L’école n’est pas une fabrique de l’obéissance. Les images diffusées vendredi 7 décembre au matin ont soulevé en nous un dégoût et une colère profonds : 151 collégiens/collégiennes, lycéens/lycéennes, entre 12 et 20 ans, à genoux, mains derrière la tête. Des mineur.es menotté.es et face au mur. Des images de guerre. Des images de rafle au « pays-des-droits-de-l’homme.  »

Entre les rangs, des policiers circulent et l’un d’eux, narquois, leur dit « voilà une classe qui se tient sage ». Cette phrase est un programme pédagogique : celui de l’école-caserne où on apprend à « bien se tenir » et à obéir à l’ordre établi. C’est un programme de combat, qui dénonce en creux des enseignants et des enseignantes laxistes, qui ne savent pas se faire respecter. C’est un projet de société enfin, une société où la police peut gazer une retraitée de 80 ans, mais où des adolescent.es ayant brûlé une voiture sont traité.es encriminel.les. Au Brésil, aux Etats-Unis, en Hongrie, en Russie, en Israël, de tels projets sont mis en oeuvre. Cela nous indigne ou nous fait peur. Mais là, c’est en France que cela se passe. A côté de chez nous. Si nous voulons faire société, de telles images ne devraient pas être possibles. Si nous voulons avoir un destin commun, le ministre de l’Intérieur, le préfet, le ministre de l’Education Nationale n’auraient jamais dû justifier de telles pratiques.

A travers les policier.es, c’est l’Etat qui parle et il nous adresse un message clair : taisez-vous, obéissez, soumettez-vous. Eh bien non ! Nous ne nous tairons pas. Nous voulons la liberté, l’égalité et la fraternité.

Jean-Michel Blanquer justifie cette violence physique et symbolique par un contexte violent. En effet, à Mantes-la-Jolie, des voitures ont été brûlées. Nous ne justifions pas ces actes, nous disons qu’il faut les replacer dans leur contexte social. Depuis des années, c’est tout l’entourage social de l’école qui a été attaqué, démantelé. La médecine scolaire indigente, des CIO fermés, des profs en moins, des familles qui vivent dans la précarité, un chômage au plus haut et des services publics toujours plus rares. On demande à des gens de respecter les règles du jeu alors que beaucoup sont hors-jeu. Depuis des années, on attaque les libertés syndicales et le droit de manifester. Et celles et ceux qui fraudent l’impôt ne sont pas sanctionné.es. La violence est là. Il ne faut pas s’étonner que cette violence et ces injustices produisent de la colère, notamment chez nos élèves.

L’école est aussi le reflet de la société. Si nous voulons des élèves calmes, il faut que le calme social revienne dans toute la société. Il faut de l’égalité, de la solidarité, de la justice. Il faut de l’empathie. Nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons retrouver une société apaisée. Cela suppose d’écouter les colères, et non de les réprimer. Cela suppose de remettre des services publics partout où ils ont disparu.

Cela suppose de penser l’école comme un lieu de progrès pour toutes et tous, et non comme une gare de triage social. L’autre chemin est celui d’un libéralisme autoritaire qui ne nous laissera qu’une seule liberté : celle de consommer quand on en a encore les moyens. Nous refusons ce chemin. Nous voulons une école solidaire, démocratique, égalitaire et émancipatrice.

Nous sommes tou.te.s des lycéen.ne.s de Mantes-la-Jolie.

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